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François Gigaudaut,
le chevalier perché

Dans son terrain de Lourdoueix-Saint-Pierre, François Gigaudaut prépare un ambitieux rassemblement autour de La Fronde. Le « Chevalier de la Cailleterie » y façonne un univers singulier au cœur de la campagne creusoise, fait de reconstitution historique, d’artisanat, de fantaisie et de débrouille.

À quelques pas d’Aigurande, aux confins du Berry et de l’ancien comté de la Marche, les sept hectares qui embrassent les ruines du Chevalier de la Cailleterie serviront peut-être bientôt d’écrin à un événement inédit en Creuse. À la Brodière, un hameau rattaché à la commune de Lourdoueix-Saint-Pierre, le tragi-comédien François Gigaudaut se laisse quelque temps encore pour préparer un rassemblement historique d’ampleur consacré à La Fronde, une période rarement représentée dans le milieu culturel. Pour l’heure, il met sa propriété à la disposition de ses proches, comme en ce mois de mai où il a organisé l’anniversaire d’une amie, rassemblant médiévistes et motards venus de toute la France. Durant trois jours, les invités ont vécu au rythme des repas improvisés, des discussions autour de la forge saturée d’objets et d’outils, et des nuits sous les tentes. Une bulle de liberté loin des contraintes ordinaires.

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La folie des grandeurs

François Gigaudault imagine cependant les choses en grand pour son futur spectacle, prévu en juin 2027 et porté par une petite équipe internationale. « Avec un ami irlandais, on est à l’initiative de ce projet. On accueillera des artistes venus d’Angleterre, d’Irlande, d’Espagne, de Hollande, de Belgique, d’Allemagne. Il y aura deux armées qui se déplacent et se croisent, des costumes, des armes, des mousquetons, des arquebuses, des canons, des chevaux. Autour de cette bataille, on prévoit un spectacle de jour et un autre de nuit. » Adossé à l’événement, un marché de producteurs locaux accueillera des échoppes thématiques. « Je ne serai pas trop exigeant pour cette première édition mais je voudrais éviter les revendeurs de chinoiseries. Je reste très attaché à l’artisanat, au travail fait à la main. J’aimerais mettre les artisans en lumière car leur disparition progressive est problématique. Il y aura comme un village médiéval avec une vie de camp, des démonstrations de la vie de l’époque, des animations. On proposera une restauration d’époque avec Chantal Mazabraud qui nourrira les troupes et le public. On espère au moins mille visiteurs » L’entreprise paraît immense à l’échelle du lieu. Mais quel genre de troubadour se cache-t-il derrière cet ambitieux projet ?

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Un tragi-comédien couteau-suisse

François Gigaudault, tragi-comédien de son état et artificier épisodiquement, pratique la reconstitution historique depuis 1988. « Je suis issu des arts graphiques, j’ai d’abord fait de la calligraphie, mais j’ai toujours aimé me déguiser quand j’étais plus jeune. Je suis intermittent du spectacle depuis 1993 et j’ai pratiqué essentiellement les reconstitutions historiques dans le Val d’Oise jusqu’en 2000. Avec une troupe, on a résidé au château de Montaiguillon pendant plusieurs années. On faisait de la reconstitution historique médiévale au sens large là-bas. On a tenté de rénover l’endroit, d’entretenir les espaces verts mais on n’a pas pu faire de gros travaux, il n’y avait pas le budget. Depuis le château s’est encore dégradé. Après, je suis arrivé ici en Creuse pour me rapprocher de la famille de ma compagne à l’époque. Finalement, les recherches d’un oncle qui pratiquait la généalogie m’ont révélé que la Creuse était mon berceau familial. »

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Précisions historiques et fantaisie

Le chevalier de la Cailleterie qui doit son nom de scène au domaine où ses grands-parents élevaient des cailles dans le Loir-et-Cher, a à cœur de produire un événement original dans une région « culturellement sinistrée ». « Il n’y a pas beaucoup de grands projets dans le coin, c’est pour ça que j’avais envie de faire quelque chose. […] Les gens ont envie de s’évader des tensions actuelles, il y a un retour de l’esprit du carnaval. Les fêtes médiévales se multiplient en France avec parfois un glissement vers le fantasy et tout est un peu mélangé. […] J’ai beaucoup lu sur l’époque de La Fronde, fait des recherches à la BNF et travaillé aux Invalides. Il n’y a pas forcément de parallèle avec notre époque mais c’est une période qui m’intéresse car elle est peu représentée. Je suis attaché à la réalité historique et travaille avec des enluminures pour m’inspirer. » L’artiste rejette cependant toute forme de purisme étouffant et ne s’interdit pas quelques détours plus fantasques. Aussi, il apprécie la liberté que permet le courant steampunk. « Ça permet une liberté d’expression phénoménale. J’ai fait deux spectacles de ce genre, ça fonctionne avec beaucoup de bulles ! Dans le steampunk, il n’y a rien de cloisonné. Alors que dans le milieu de la reconstitution historique, il y a parfois un concours d’authenticité « Ah ta couture ici elle a été réalisée à la machine à coudre ! » » Toujours propice à la tirade, François Gigaudaut passe sans difficulté de l’évocation historique à l’improvisation loufoque.

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Les étais du projet

Pour permettre à l’événement de voir le jour, François devra s’attaquer à l’administratif et à la constitution de dossiers pour l’octroi de subventions. « Le prix de l’entrée sera fixé à un montant symbolique. On ne peut pas proposer l’entrée gratuite si on veut avoir une chance d’obtenir des subventions. […] On a déjà l’appui du maire, c’est important ! » Le volet sécuritaire sera impossible à négliger pour accueillir artistes et public. Le chevalier mise sur la science de Jean-Marc Georges qui officie comme conseiller technique et en connaît un rayon sur le sujet. « Il a travaillé pour les fêtes médiévales de Provins. Il m’aide et me conseille concernant la gestion du public, la sécurité, les contacts à démarcher, l’administratif et aussi l’aspect artistique. » Présent lors de la rencontre entre médiévistes et motards de ce mois de mai, le spécialiste s’est révélé intarissable sur ces questions, multipliant les anecdotes tirées de sa carrière. « On est tellement entourés de normes que les gens ne se posent plus de questions et se sentent invincibles », analyse-t-il. Dans cette histoire, Jean-Marc apportera un appui technique et logistique indispensable.

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La transmission au cœur

En dehors de son point d’ancrage creusois, François Gigaudault continue de traverser la France pour présenter son personnage au public. Le comédien a encore beaucoup d’idées pour développer sa marotte et faire prospérer sa passion pour l’histoire. « J’aimerais faire un archéosite sur le terrain de Lourdoueix, ça pourrait devenir un vrai point touristique culturel. L’objectif serait d’en faire quelque chose de vivant, avec des gens qui vivent dedans, des regroupements le week-end, des événements ponctuels, dans la veine de l’archéosite de Douai. » Par ailleurs, François Gigaudaut, qui dit aimer transmettre, a déjà travaillé avec les enfants du RPI local. « On parle souvent d’une génération de zappeurs, mais les enfants restent attentifs. Ils reçoivent surtout l’énergie qu’on leur donne. »

Pas stressé pour un sou, le chevalier de la Cailleterie, dont on ne sait jamais très bien où commence ni où finit le personnage, continue simplement de faire vivre son drôle de campement au milieu de la campagne creusoise en attendant la prochaine bataille.

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