nicolas sanna sculpteur
rencontre

nicolas sanna,
fondateur de tête de bois

Alsacien d’origine, Nicolas Sanna s’est établi à Saint-Saturnin, dans le Cher, pour vivre en harmonie avec ses aspirations philosophiques. Il y a installé son atelier de sculpture sur bois vert.

Depuis tout jeune, le fondateur de Tête de Bois en avait dans la caboche et rêvait déjà de contre-courant. Mais l’esprit critique et les remises en question de l’autorité sont à double tranchant. En désaccord avec les principes de l’Education Nationale et rebuté par son discours peu engageant concernant les métiers manuels, Nicolas Sanna ne se sentait pas à sa place sur les bancs de l’école qu’il a quittés en première. Pas assez mûr à l’époque pour choisir sa voie professionnelle, il venait sans doute de passer juste à côté d’une vocation pour la sculpture sur bois…

Une vie sur les routes

À 35 ans, l’artisan rabote, creuse et façonne des branches dénichées au gré de ses balades dans sa grange studieuse située à Saint-Saturnin, aux confins des départements du Cher et de l’Indre. Avant de se fixer dans le Berry, cet Alsacien d’origine a cependant évolué dans le milieu du spectacle pendant quinze ans au sein d’une grosse entreprise d’aménagements scéniques. En tant que rigger, Nicolas Sanna procédait au levage, à l’accrochage et au décrochage de matériels dans le cadre d’organisation de spectacles. Formé sur le tas, il a suivi des artistes français (Johnny Hallyday, Michel Sardou, Patrick Bruel, Indochine) et participé à de nombreux festivals (Vieilles Charrues, Eurockéennes, Rock en Seine). Pas toujours admiratif des chanteurs qu’il voit se produire, le contentement et la joie du public le ravissent cependant et procurent un « petit frisson » à celui qui avait contribué au bon déroulement de ces moments festifs.

L’ambiance bon enfant qui règne dans les bus qui l’ont emmené aux quatre coins de la France, en Suisse, en Belgique ou au Luxembourg, l’aide à supporter un rythme de vie exigeant, parfois éprouvant, souvent épuisant, qui laisse peu de place au sommeil et à l’épanouissement d’une vie familiale. Malgré un confort matériel manifeste, Nicolas Sanna sent qu’il tourne en rond. La démesure des représentations (le ballet de vingt-deux semi-remorques pour la mise en place d’un concert l’a marqué), la concurrence entre les intermittents, la précarité de l’emploi finissent par avoir raison de sa motivation. Un désir d’enfant s’immisce, une envie de campagne se fait sentir… Il envisage alors de quitter Strasbourg pour de bon. Des lectures trouvent un terreau favorable dans son esprit rebelle et solitaire. Walden ou la vie dans les bois, d’Henry David Thoreau, l’œuvre d’Hannah Arendt, les récits d’aventure de Robert Louis Stevenson et Jack London ainsi que les récits de voyage de Sylvain Tesson l’influencent et résonnent en lui.

Une plaisanterie prise au sérieux

L’artisan réfléchit alors à sillonner le pays en van, aux côtés de sa compagne. Ses compétences limitées en mécanique l’amènent à engager une conversation avec un ami, qui s’achève sur une demi plaisanterie : « Tu n’as qu’à prendre un âne ! ». La singulière observation n’étant pas tombée dans l’oreille d’un sourd, Nicolas Sanna se réveille le lendemain avec l’intention de concrétiser le projet. Pendant six mois, le couple arpentera, avec un âne fraîchement adopté, le Territoire de Belfort et notamment le Jura. Les rencontres y seront enrichissantes et apporteront leur lot d’amitiés durables. Une expérience qui « vaut tous les bouquins pour s’ouvrir l’esprit et remettre ses idées au clair », d’après Nicolas.

Le rigger devient sculpteur

En 2018, sa compagne lui offre un ouvrage concernant la sculpture sur bois. La découverte de cet univers est une révélation pour ce passionné de couteaux qui s’est toujours amusé à « tailler des bouts de bois, sans but, pour le plaisir ». L’autodidacte commence à fabriquer des cuillères, puis des spatules et des planches à découper. Peu d’outils sont nécessaires à l’exercice de cet art, et cet avantage enthousiasme particulièrement celui qui cherche à adopter un mode de vie qui fait la part belle à l’autonomie. Installé dès 2019 à Saint-Saturnin, l’artisan écume alors les vide-greniers à la recherche de vieux outils et fabrique même son propre banc d’âne et un tour à bois, savant système exhumé du tréfonds des âges et fonctionnant grâce à une perche et une pédale. Hormis l’affûteur, les outils utilisés par le sculpteur ne nécessitent pas d’électricité. Un véritable leitmotiv pour celui qui met un point d’honneur à « [s]’affranchir des énergies fossiles et des matières premières qui traversent la planète ». Le bois utilisé pour les sculptures est fourni par des agriculteurs ou élagueurs, ou repéré au cours de promenades en forêt. L’artisan se laisse alors inspirer par les essences, les formes et les couleurs qui s’offrent à lui. Il creuse et façonne en respectant la matière. L’ustensile est sculpté en suivant le fil du bois, une technique qui confère une solidité remarquable à des pièces uniques.

Nicolas Sanna se laissera le temps nécessaire pour que son entreprise prenne son envol. Aux côtés de la vente de ses productions, il envisage d’organiser des ateliers pour transmettre son savoir afin d’apprendre aux autres cet art qui mêle simplicité et subtilité. 


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