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parole de taiseux

nucléaire : la tribune de bernard evenot

D’extraction modeste, Bernard Evenot, âgé de 79 ans, manque rarement une occasion de revenir sur un parcours de vie qui l’a propulsé du populaire XXe arrondissement de Paris aux couloirs de Matignon. Avec fierté mais sans en tirer aucune gloriole, il raconte cette ascension sociale et n’oublie jamais les racines ouvrières de ses aïeux. Courageux, ces derniers lui ont appris « la dignité du travail bien fait ». À la retraite, s’il est désormais revenu sur ses terres du Berry, dans le Boischaut Sud d’où une branche de sa famille est originaire, cet ingénieur sorti diplômé de Supélec en 1967 (L’École Supérieure d’Électricité) a œuvré chez EDF durant « les plus belles années de l’entreprise, lorsqu’elle était encore au service de la nation ».

L’ancien bâtisseur a vu de près la mise en service de plusieurs centrales nucléaires dans le pays (celle de Fessenheim dans le Haut-Rhin puis celle du Blayais située à Braud-et-Saint-Louis en Gironde notamment) et a apporté ses compétences dans des chantiers d’envergure qui visaient à acheminer l’électricité tout en préservant les paysages naturels. La prouesse technique du survol de la ligne électrique de Mery-Muhlbach au-dessus des sapins de la forêt vosgienne fait notamment partie des exploits de sa carrière. Plus tard, il travaillera en tant que chef du laboratoire d’essais à haute tension des Renardières à Moret-sur-Loing. Suite à l’arrêt du programme nucléaire, EDF a démantelé son bureau d’études spécifique à cette filière. C’est ainsi que Bernard Evenot, de 1985 à 1987, a été « détaché » pour être mis à la disposition des services du Premier ministre. Il a tenu le poste de « chargé de mission » au Haut conseil du Secteur Public. Parti à la retraite juste avant la privatisation d’EDF, Bernard Evenot ne reconnaît plus l’entreprise qui avait misé sur lui en finançant ses études d’ingénieur. « EDF est désormais managée, saucissonnée en plusieurs entités (Enedis, RTE par exemple). L’optimum d’un grand ensemble n’est pas la somme des optima des sous-unités… », aime-t-il à souligner.

Si Bernard Evenot s’est rapproché de la rédaction du Taiseux, ce n’est pas tant pour évoquer le délitement de l’ancien fleuron de la filière énergétique française que pour s’indigner de la médiocrité qui touche la politique nationale depuis une bonne trentaine d’années. Plus précisément, l’absurdité des choix des décideurs peu ou pas qualifiés pour trancher des questions techniques complexes qui affectent profondément la vie de la cité l’indigne. Bernard Evenot, qui « croi[t] à l’intérêt majeur de s’occuper de la Terre, et de la nature », a donc pris sa plume pour livrer ses convictions au sujet de la question opposant le nucléaire aux énergies dites « propres ».

renouveler notre vision de l'énergie

1- L’équilibre précaire des réseaux électriques

À l’approche de l’élection présidentielle de 2022, je constate que le thème de la transition écologique revient souvent dans les débats et l’électricité y tient une place importante.

Ne militant dans aucun parti politique, je me sens très à l’aise et parfaitement serein pour aborder un sujet qui comporte une base technique trop souvent négligée. De formation scientifique, doute, remise en cause et humilité sont des notions qui me tiennent à cœur. Or, je constate que ces critères ne caractérisent pas très franchement les personnalités qui nous dirigent. Il y a un manque flagrant de lucidité vis-à-vis des réalités physiques relatives à l’énergie.

Ayant effectué toute ma carrière professionnelle à Électricité de France, je me sens autorisé à aborder un sujet que je connais concrètement de l’intérieur. Ainsi, afin de dissiper de nombreuses confusions, j’éprouve le besoin de préciser quelques éléments relatifs au fonctionnement des réseaux électriques, ceux qui nous apportent, au quotidien, des services de plus en plus essentiels à notre façon de vivre.
En complément du présent article, j’aborderai en 2- l’exemple d’une journée sans vent et en 3- les gaz à effet de serre (CO2).
Soleil, Eau et Vent sont des éléments naturels qui, de plus, contiennent de l’énergie. Or, l’Homme a besoin d’énergie, pour se chauffer, pour cuire ses aliments, pour s’éclairer, pour développer des forces supérieures à ses petits muscles, etc. Depuis les temps les plus reculés, l’Homme a su tirer profit de ces dons de la nature. En contrepartie, Soleil, Eau et Vent ne réclament même pas de rémunération !
De plus, ils se renouvellent constamment, sont inépuisables et ne produisent aucune pollution. Que demander de plus ?
On comprend mieux la mode actuelle du développement à grande échelle de la récupération industrielle de ces éléments naturels que sont : Soleil, Eau et Vent.

Comment fait-on pour transformer ces énergies, pour les utiliser  ?

Pour le Soleil, depuis la nuit des temps, (comme savent si bien le faire les manchots de l’Antarctique), on lui présente la plus grande surface possible, afin d’emmagasiner les calories liées à l’exposition directe, pour bénéficier de sa chaleur. Par exemple, grâce à un serpentin exposé au Soleil, il est possible de chauffer l’eau d’une piscine. Il s’agit de l’énergie thermique. Pour ce qui concerne l’énergie électrique, ce n’est que durant les premières années du XXI e siècle que la conversion en électricité du rayonnement solaire a été rendue possible, grâce à la mise au point des cellules photovoltaïques des panneaux solaires.
Pour l’Eau, depuis très longtemps on a remarqué qu’en sachant utiliser une variation de hauteur de ce liquide, il est possible de récupérer l’énergie provenant du déplacement d’une masse d’eau qui prend de la vitesse par gravité (énergie cinétique). On peut transformer cette énergie en une action mécanique qui peut entraîner, par exemple, des meules pour faire de la farine ou de l’huile, mais aussi pour faire tourner des poulies qui vont animer des machines les plus variées. Depuis la simple roue à aubes des moulins des Peintres de la Vallée de la Creuse, les ingénieurs ont su mettre au point des turbines, adaptées à des hauteurs de chutes pouvant varier de quelques mètres à plus d’un kilomètre. Dès la fin du XIX e siècle, en couplant un générateur à ces turbines, il a été possible de produire de l’électricité.
Pour le Vent, depuis la marine à voile ou le moulin d’Alphonse Daudet, on sait mettre en œuvre des surfaces bien orientées destinées à transformer la pression exercée par le Vent en une force mécanique. Comme pour l’Eau, en raccordant un générateur à des pales en rotation, on sait produire de l’électricité. Ce sont les « splendides » éoliennes industrielles !!!
Les vertus de l’électricité ne sont plus à démontrer ! Il est possible de convertir cette énergie invisible qui circule dans des fils métalliques conducteurs, à l’abri des isolants, aussi bien en chaleur, en froid, en force motrice, en transports, en lumière, en sons, en images, en calculs, en stockage de données, en électrochimie, en décomposition de l’eau pour produire de l’hydrogène, et en toutes sortes d’applications les plus variées comme les algorithmes ou l’intelligence artificielle, etc.
Aujourd’hui, sans électricité, on est totalement handicapé ! On a pris l’habitude d’une disponibilité quasi permanente de « La Fée Électricité ». À tout moment, nous pouvons, d’un simple geste, ou même maintenant, en parlant directement à son smartphone, assouvir n’importe lequel de nos besoins ! Ces miracles quotidiens nécessitent des prouesses techniques insoupçonnées.
Sans avoir besoin de recourir aux lois de Kirchhoff ou aux équations de Maxwell, nous allons mettre en évidence la problématique essentielle de la conduite des réseaux électriques.
À la différence d’autres fluides, l’électricité, en courant alternatif, celui dont nous disposons aux bornes de nos prises de courant, ne se stocke pas. Pour emmagasiner de l’électricité et pouvoir l’utiliser en différé, il faut la convertir en courant continu qui va polariser les plaques des batteries. Or, il est très difficile et onéreux de faire varier la tension du courant continu.

C’est la raison pour laquelle, depuis 1880, aux États-Unis, George Westinghouse et Nicola Tesla (inventeur des courants polyphasés) ont justifié concrètement la suprématie du courant alternatif, pour la distribution publique de l’électricité. Grâce à des appareils fort simples, les transformateurs (inventés par le Français Lucien Gaulard en 1882), il est possible de faire varier la tension. Ainsi, on peut utiliser chez soi l’électricité à une tension de 220 volts et, pour diminuer les pertes, la transporter à plusieurs centaines de kilomètres, grâce à une tension de 400 000 volts !
En contrepartie de ces éléments favorables, l’immense défi à relever pour les producteurs d’électricité du monde entier tient au fait qu’ils doivent impérativement, à chaque instant, équilibrer parfaitement production et consommation. À chaque seconde, le cumul de la puissance demandée par l’ensemble des utilisateurs d’électricité doit être très rigoureusement compensé par la fourniture d’une puissance exactement équivalente. Le non-respect de cette contrainte physique entraîne une variation de fréquence des réseaux électriques. Or, les générateurs basiques sont des machines dites synchrones qui ne peuvent plus fonctionner quand leur fréquence n’est plus celle de référence (le 50 hertz pour toute l’Europe). Trop sollicité, un alternateur « décroche » sans prévenir et s’arrête de fonctionner. Ce phénomène de rupture du fonctionnement de la machine est irrattrapable. On peut comparer cette situation à un trapéziste volant qui, en se balançant, n’est plus synchrone avec le trapèze qu’il doit saisir. Il manque sa prise et tombe ! On a alors une perte subite de production qui va nuire d’autant plus à ce besoin d’équilibre du réseau.
Il s’agit d’un principe physique incontournable et non négociable ! Aucun compromis n’est possible ! Conserver la fréquence de 50 hertz en permanence, est tout à fait comparable à vouloir se déplacer, avec une voiture, à vitesse constante. Or, la demande de consommation d’électricité varie constamment. C’est comme si nous roulions, non pas sur une piste toute plate parfaitement horizontale, mais sur une route de montagne avec des côtes et des descentes, aux pentes les plus variées.
Si nous n’appuyons pas sur l’accélérateur pour obtenir plus de puissance dans les montées, la voiture va ralentir. À l’inverse, si on ne relâche pas le pied dans les descentes, la voiture va prendre de la vitesse. Il en va exactement de même pour le pilotage des réseaux.
Garder le cap des 50 hertz nécessite de pouvoir disposer, très rigoureusement et à tout moment, de l’exacte puissance demandée par les utilisateurs.
J’observe que, trop souvent, certains vulgarisateurs qui sont chargés de nous informer, entretiennent une joyeuse confusion entre kW et kWh. Ils mélangent allègrement puissance (kW) et énergie (kWh). Cette bouillie est comparable au gloubi-boulga caractéristique de la nourriture de Casimir (charmant dinosaure de « l’Île aux enfants »). Cet embrouillamini entre kW et kWh permet d’effectuer de fausses démonstrations, parfaitement abusives, destinées à justifier des solutions de substitution, soi-disant équivalentes. Ainsi, on annonce que tel nouveau site éolien va permettre l’alimentation de plusieurs milliers de foyers. Or, dans la réalité vraie, sans le maintien des équipements thermiques de production d’électricité, il ne sera pas possible de satisfaire les besoins d’utilisation du courant en période anticyclonique. Sans Vent, pas de courant !
Fort de ces petits rappels des réalités physiques, nous allons mieux comprendre la difficulté, pour les gestionnaires de réseaux électriques, de la conduite de ces énergies intermittentes et aléatoires que sont le Vent et le Soleil.
Le Vent souffle quand il en a envie ! Pas nécessairement quand on en a besoin ! De même, le Soleil ne se manifeste, au mieux, que la moitié du temps. Il n’est pas là en hiver, quand nous avons froid, alors que nous avons besoin d’énergie, précisément parce qu’il est absent ! Un exemple concret est présenté en troisième partie.
En 2021, la puissance électrique demandée en France, a varié de 29 660 MW à 88 440 MW (source RTE ; Réseau de Transport d’Électricité), du simple au triple !
Plusieurs solutions s’offrent pour respecter l’équilibre entre consommation et production. Pour faire face à une augmentation de la demande, on met en action des groupes de production de plus en plus onéreux (que l’on mettra en œuvre le moins longtemps possible, vu leur coût de fonctionnement). De plus, pour faire face aux variations rapides de la demande locale, tous les groupes sont équipés de régulateurs de puissance, destinés à maintenir le 50 hertz, mais ceci, dans des limites finies.
Quand les capacités nationales sont dépassées…, on a recours à l’importation ! C’est fréquent en hiver. Cette situation est quelque peu paradoxale pour un pays soi-disant « suréquipé » !!!
Autre façon d’assurer l’équilibre entre consommation et production, c’est de réduire la demande. Ainsi, il est prévu des dispositifs « d’effacement » de certains utilisateurs avec lesquels des contrats sont signés. Non seulement le gestionnaire de réseau ne pourra pas facturer une énergie qu’il n’aura pas fournie, mais il devra payer une pénalité à ces utilisateurs coopératifs.
L’ultime recours pour sauver le réseau d’un effondrement généralisé est de procéder à des coupures sélectives : le délestage. Souvenons-nous de la réalité du 19 décembre 1978. Ce jour-là, l’ensemble du territoire national a été plongé dans une gigantesque panne. 

À 8 h 27, le réseau s’est écroulé comme un château de cartes. Tout le monde a été privé de courant, sans aucune distinction. Cette amère expérience n’est pas à exclure localement, encore aujourd’hui.

2- Vent et Soleil,
intermittents et aléatoires

Pour comprendre les limites des espoirs fondés sur les énergies renouvelables, intermittentes et aléatoires, nous allons analyser l’exemple concret observé le mardi 25 janvier 2022.
À la lecture des informations que l’on peut retrouver sur l’application « eCO2mix », mise à jour tous les quarts d’heure par RTE, on pourra remarquer (voir ci-dessous) que, sur la totalité du territoire, pendant toute cette journée, le pays étant sous une influence anticyclonique caractérisée, la puissance fournie par les quelques 8 000 éoliennes a oscillé autour de 700 MW, soit 3,7 % des 18 800 MW de la puissance éolienne installée en France (voir le petit filet bleu en bas du graphique à 668 MW).

 

Sans Vent, pas de courant ! Les éoliennes ne tournent pas ! Elles ne tourneraient pas plus si on multipliait leur nombre sur le territoire ! Cette situation météorologique est loin d’être exceptionnelle, surtout en hiver alors que c’est le moment où on a le plus besoin d’électricité. Le lendemain, 26 janvier c’était pareil !
Comment, dans ces conditions, peut-on envisager de remplacer totalement l’énergie nucléaire qui, malgré les difficultés rencontrées par cette filière, avec 49 000 MW disponibles ce jour-là, a assuré 60 % de la demande ?
Tout au long de cette journée, nous avons importé environ 6 000 MW. C’est l’équivalent de 6 tranches nucléaires qui nous font défaut. Au passage, on peut remarquer que par une décision strictement politicienne, l’arrêt des deux tranches de Fessenheim, coûte très cher à EDF. Techniquement elles fonctionnaient parfaitement. L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui assure, au nom de l’État, le contrôle de la sûreté des installations nucléaires, avait accordé l’autorisation du maintien du fonctionnement de la première centrale nucléaire française qui avait effectué les mises à niveau demandées.

Ce ne sont pas 25 000 éoliennes de plus qui, sans Vent, auraient pu compenser les 49 000 MW nucléaires ! Impossible d’en importer autant !!!

Alors, des coupures ??? (Voir le 1- sur l’équilibre précaire des réseaux électriques). Les Français sont-ils réellement prêts à accepter une telle situation ?
Il faut être réaliste ! Grâce à la détermination du Premier ministre de l’époque, Pierre Messmer, en 1973 (sous la présidence de Georges Pompidou) l’État a décidé de construire 13 tranches nucléaires destinées à faire face au choc pétrolier et à améliorer l’indépendance énergétique de la France. Du fait de cette impulsion décisive et de la réactivité d’Électricité de France, qui a su mettre sur pied un bureau d’étude exceptionnel, nous possédons encore aujourd’hui la production d’électricité la plus décarbonée du monde (sauf la Norvège qui nous bat d’une courte tête du fait de ses équipements hydroélectriques particulièrement favorisés par la géographie).
Certes, contrairement au thermique à flamme, les énergies éoliennes et solaires ne produisent pas directement de gaz à effet de serre, lors de leur fonctionnement. Par contre, on vient de mettre en évidence le fait qu’elles ne sont pas « pilotables ». On ne peut pas compter sur elles, au moment où on en a les plus besoin !
En termes d’énergie, 75 % du temps les éoliennes sont indisponibles !
Le nucléaire produit de l’électricité, à tout moment, et ne rejette pas de CO2 !
L’hydraulique fait partie des énergies renouvelables et ne produit pas de gaz à effet de serre. Contrairement à l’éolien industriel, ce moyen de production d’électricité est pilotable, grâce aux retenues des barrages. Merci à nos anciens ! Ils ont su réaliser des ouvrages de très grande envergure ! Actuellement, nous disposons d’études sur l’implantation potentielle de futures centrales hydrauliques. Il faudrait pour cela noyer de nouvelles vallées qui sont âprement défendues, d’une part, par les pratiquants des pistes enneigées ou, d’autre part, par d’éminents spécialistes de faune ou de flore, qui voudraient préserver à tout prix ces éléments naturels. On est en pleine injonction paradoxale ! Pourtant, la création de nouvelles retenues équipées de pompage serait le meilleur moyen de stocker l’électricité produite à un moment où la demande est faible. Aux heures creuses on fait remonter l’eau, dans la retenue du haut, pour la turbiner et produire de l’électricité à la pointe de consommation. Ceci est techniquement possible car les machines synchrones peuvent fonctionner aussi bien en moteur qu’en générateur. De même, les turbines peuvent fonctionner en pompes.

Pour capturer un Vent capricieux, il est plus facile de planter des mats de plus de 100 mètres de haut… Entendez-vous dans nos campagnes mugir ces féroces machines ? Elles écorchent nos fermes et violent nos paysages !
Les infrasons sont redoutables. Leur effet nocif sur la santé a été reconnu par les tribunaux. La diffusion de fines particules des terres rares, constitutives des aimants permanents, altère la production des troupeaux qui paissent à proximité. La destruction d’oiseaux et de chauves-souris n’est plus à démontrer. Qui retirera les 1 500 tonnes de béton armé coulé au pied de chaque mat à Vent ? La perte de valeur patrimoniale des bâtiments existants en vis-à-vis est incontestable. C’est ça le progrès ?
Quel magnifique bilan écologique !!!
Une transition ! Mais, vers quel futur ?

3- Pourquoi s’obstiner à vouloir décarboner
l’électricité la moins carbonée du monde ?

Le dérèglement climatique est, sans contestation possible, un phénomène planétaire, réellement catastrophique. Il semble parfaitement superflu de développer ici ce sujet dont les effets dévastateurs sont largement démontrés. Les spécialistes s’accordent pour indiquer que ce changement est accentué très directement par l’activité humaine et plus particulièrement par la production de gaz carbonique (CO2), résultat de la combustion des produits que sont le charbon, le pétrole et le gaz. De plus, nous prenons conscience aujourd’hui que ces sources d’énergie fossiles, que l’on extrait de la Terre, ne se renouvelleront pas. Que constatons-nous ? Afin de réduire la production de gaz à effet de serre, en voulant imiter nos frères Allemands, certains industriels opportunistes ont su imposer l’idée à nos responsables politiques que « LA solution » consistait à récupérer du Vent pour en faire de l’électricité. Comme ni l’un, ni l’autre ne produisent de gaz à effet de serre, nous tiendrions donc bien là, « LA » bonne solution ! Non seulement, le Vent est un intermittent du spectacle de la Nature, mais, sans être nullement confus, il est très diffus. Pour récupérer un peu d’énergie, il faut couvrir de grandes surfaces d’exploitation. C’est là son moindre défaut !

Jean-Marc Jancovici, ingénieur polytechnicien, dans son excellente bande dessinée illustrée par Christophe Blain Le monde sans fin (éditions Dargaud), fait remarquer que l’énergie contenue dans 1 000 m³ d’air se déplaçant à 80 km/h est équivalente à celle de 3 cm³ de pétrole !!!
Or, la question de la réduction du CO2 n’est pas un problème franco-français. Il concerne la totalité de la planète ! Tous les pays, sans exception, sont donc concernés. Pour être efficace à l’échelle planétaire, il faut agir en priorité sur les producteurs de CO2 les plus importants du monde. Le graphe présenté en annexe, ci-dessous, est suffisamment éloquent ! 

La France ne contribue qu’à moins de 1 % de la production mondiale de CO2. Nos amis Allemands font nettement mieux puisqu’ils portent leur quote-part à 2,2 %. Que dire des États-Unis d’Amérique avec 14,5 % et de la Chine qui, à elle seule, produit 28,2 % de CO2 qui affecte la planète !
Comment cherche-t-on à réduire l’émission de CO2 en France ? En s’attaquant au plus facile ! Au plus visible ! MAIS, au MOINS IMPORTANT !!! Les publications de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) sont éloquentes à ce sujet. La production d’électricité en France en 2019 (source RTE) a participé à 4,3 % de l’émission nationale de gaz à effet de serre. Cette même année, les transports routiers ont émis 30,9 %, l’agriculture 19,4 %, l’habitat 18,3 % et l’industrie 17,3 %. Au lieu de s’attaquer avec détermination à 96 % du problème, on stigmatise l’entreprise nationale avec ses 4 % de CO!
Afin d’effectuer des comparaisons internationales cohérentes, les statistiques les plus récentes que j’ai trouvées concernent l’année 2011. 

On y remarque que la France dégage 0,030 kg de CO2 par kWh d’électricité fournie. Pendant ce temps, nos amis Allemands fabriquent des kWh électriques, qui, grâce à leur lignite émettent 0,461 kg de CO2, soit 15 fois plus que nous ! La Chine avec 0,766 kg de CO2 par kWh, produit 26 fois plus de gaz à effet de serre que nous pour fabriquer son électricité. Grâce à nos champions de l’écologie, on essaye de décarboner l’électricité la MOINS carbonée du monde en allant chercher des produits « Made in China » qui sont fabriqués avec l’électricité la plus carbonée, ou peu s’en faut (la Pologne fait encore mieux !).
Trouvez l’erreur ! On dévoile ainsi la nudité de « l’Art à la française », qui consiste à résoudre un faux problème par une très mauvaise solution !
Et je ne développe pas, ici, l’immense scandale financier lié aux éoliennes !!!
Sur injonction de l’État, EDF est contraint d’acheter, quoi qu’il arrive, la totalité de la production des mats à Vent, à un tarif imposé, plus cher, toute l’année. Cela s’ajoute à l’obligation de vendre aux entreprises privées le tiers de la production nucléaire d’EDF moins cher que son prix de revient ! Ce dispositif a été inventé « pour stimuler la concurrence » !!!
Je n’ai pas fait HEC, mais je n’ai pas l’impression que l’on soit conforme aux règles qui prétendent dégager, dans l’intérêt des clients, « une concurrence libre et non faussée » !!!
Du temps où EDF était entièrement publique, bien qu’en situation de monopole sur le territoire, nous étions en mesure de faire la démonstration que nous vendions aux particuliers l’électricité la moins chère d’Europe (toujours sauf la Norvège du fait de sa structure géographique qui lui permet de turbiner avec une dénivelée de l’ordre du km de l’eau retenue par des barrages de faible hauteur construits à proximité des fjords, l’eau douce étant rejetée à la mer).

 

Bernard Evenot  

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(crédits photographiques bibliographie : Bernard Evenot)

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